Du 1er mars au 20 avril 2025, le service culturel de la Ville de Landivisiau consacre au sculpteur Roger Joncourt une exposition rétrospective. Il m’en a confié la réalisation, m’accordant une très grande liberté.
J’ai parfois le sentiment que les gens dissocient le patrimoine et l’art, alors qu’il existe entre ces deux disciplines des passerelles indéniables.
« L’histoire de l’art, c’est avant tout de l’histoire », expliquait Michel Dupré, mon directeur de recherche à la fac. Cette introduction à mon premier cours d’histoire de l’art ne m’a jamais quittée, tant elle avait du sens.
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Expo d’art vs expo de patrimoine
La démarche n’est pas foncièrement différente : travailler sur la conception d’une exposition, que ce soit sur des questions de patrimoine ou d’art, fait appel aux mêmes compétences : il faut savoir construire un récit, aller à l’essentiel, dégager des thèmes forts, rendre l’ensemble attractif, faire des choix (on ne peut pas tout montrer). Il faut savoir écrire aussi, on a tendance à l’oublier ; la maîtrise du langage, c’est quand même un peu la base. Et il faut aimer partager.
Ce travail concrétise plusieurs moments de ma vie, celle de l’étudiante en fac d’arts, celle de l’enseignante en arts-plastiques et arts-appliqués, celle de la conceptrice de supports de médiation culturelle que je suis aujourd’hui.
2025 marque un tournant dans la vie de mon entreprise : avec cette expo Joncourt, avec une autre exposition, portant sur Jim Sévellec (Musée de Morlaix), et avec un projet encore plus ambitieux, un parcours de découverte du patrimoine de Plougonven par le prisme de la création plastique contemporaine. Je suis complètement emballée.

Témoignage de son goût pour le bestiaire, cette sculpture est présentée par Roger Joncourt pour son diplôme de fin d’études.
Je ne vais pas vous parler ici de l’expo Joncourt, car il faut aller la voir. Il faut toucher le bronze, le plâtre et le marbre. Il faut frôler de la main les aspérités de la matière, les ondulations d’une chevelure, la ligne géométrique d’un corbeau ou d’une pie. Il faut tourner autour des œuvres pour bien les observer. Il faut aussi observer les yeux noirs et pourtant si rieurs de Roger Joncourt.
Non, je vais plutôt tourner cet article autrement.
Cher Roger,
je ne te connais pas, je ne t’ai jamais rencontré. Et pourtant, je sais tout de toi, enfin presque. Quand je suis arrivée dans ton atelier, tu étais encore tellement présent. Tu as peut-être quitté cette terre, mais tu es toujours là, parce que tu laisses derrière toi une œuvre bien présente.
Dois-je le confesser ? De toi, je ne connaissais guère que ton cheval de travail, le fameux Paotr Mad, cette statue de laiton qui trône fièrement devant l’hôtel de ville de Landivisiau.
Loïc, ton fils, m’a ouvert les portes de ta maison, de ton atelier. Tu y conservais tout, une aubaine pour la chercheuse que je suis. Dans un premier classeur humide, j’ai trouvé une multitude de photos, celles de tes sculptures les plus monumentales. Tu les as réalisées pour des collectivités publiques, souvent dans le cadre du 1% artistique. Je reste bouleversée par ce décor en bas-relief imaginé pour le cimetière d’Aubervilliers, et par tes sculptures photographiées en noir et blanc et qui rappellent combien ta culture artistique était solide. J’y vois du Arp, du Moore, du Giacometti et même du Franck Gehry !



J’ai découvert en lisant tes notes que tout cela n’était guère surprenant : tu avais fréquenté dans ta jeunesse l’Académie Royale et les Beaux-arts d’Anvers, juste au moment où on y créait l’un des plus importants musées de sculpture en plein air : le Middelheim Museum. Tu y découvrais les œuvres des sculpteurs du XIXe, Rodin, Bourdelle, Maillol et des avant-gardistes, Arp, Marini, Zadkine…
Puis à Paris, c’est ce même Zadkine qui devenait ton professeur. Je découvrais un texte de lui, écrit à la plume, rédigé pour t’aider à obtenir une bourse. Il te décrivait comme « un sculpteur de très grand talent ».
Chez toi, j’ai découvert aussi le collectionneur que tu étais, les trocs faits avec les copains, Joël Moulin, Jean-Claude Faujour, Jean-Paul Jappé, Michel Lancien, Michel Le Bourhis et tant d’autres. Ton entourage d’artistes, ton univers.
J’ai tant aimé observer tes carnets de croquis, tes découpages dans les magazines, tes études approfondies, tout ce qui montre si bien comment tu créais et qui résume si bien le processus créatif universel des artistes.
Cher Roger, sais-tu combien j’étais émue de cette rencontre ? Alors, toute cette émotion, j’ai voulu la partager dans cette exposition – avec ceux qui t’aimaient, avec ceux qui connaissaient ton travail, avec ceux aussi qui n’avaient jamais entendu parler de toi.

Exposition Roger Joncourt, explorateur de la matière
Espace Lucien Prigent – Landivisiau
Du 1er mars au 20 avril 2025.
Pour voir les compétences engagées par l’agence sur ce projet, rendez-vous dans la rubrique expositions.